Réflexions

Être étudiante en 2021, ça fait quoi ? (témoignages)

Tout le monde le sait, la situation inédite que représente la crise sanitaire de 2020 a fait et continue de faire de nombreuses victimes, au-delà même du cadre médical. Chacun le vit différemment alors la seule chose que je puisse faire, c’est décrire ce que ça me fait, en tant qu’étudiante, de vivre à cette époque.

De nombreux doutes :

Comme je suis initialement de nature stressée, ou plutôt dirons-nous de nature à me poser beaucoup de questions, j’ai forcément été attaquée par mes propres doutes.

Tout d’abord, il faut savoir qu’en mars 2020, je venais à peine de me réorienter en passant d’un cursus en audiovisuel à un cursus marketing communication et business. A ce moment-là, j’avais donc accepté de quitter mon job étudiant pour bâcher un maximum afin de rattraper 2 années d’études en quelques mois. Voilà, ça c’est dit. Autant dire que j’ai commencé par me demander si j’allais m’en sortir. Dans la première phase du confinement, je travaillais donc beaucoup pendant les heures de cours en visio de 9h00 à 18h00, mais également après. J’avais deux fois plus de projets à rendre donc je travaillais le soir et le week-end. J’étais exténuée on peut le dire, et cela a pu se répercuter sur mes relations personnelles en venant ajouter ces hautes doses de fatigue et de stress au fait de passer 24h/24, 7j/7 entassés dans un appartement.

Dans le même temps, j’essayais également de me forger une expérience professionnelle. Heureusement que le secteur de la communication jouit plutôt d’un impact positif en cette période. Après tout, quoi de mieux en dernier recours avant de déposer le bilan que d’engager un stagiaire en communication non rémunéré pour essayer de sauver les meubles.  J’ai donc cherché un stage dans un premier temps pour valider ma deuxième année. Et bien sachez que sur ce coup là, je ne suis pas sûre que j’avais vu juste car j’ai mis pas mal de temps avant de trouver.

Je n’ai jamais rencontré les gens pour qui j’ai bossé. Les entretiens ont été téléphoniques et ils m’ont demandé de rester en télétravail. Je crois avoir vu leur visage sur leur photo de profil LinkedIn et puis ce fut tout. Tout ça n’a fait que soulever encore plus de questions. Je me demandais si c’était normal, si le milieu de l’entreprise était comme cela à cause de la crise ou non. Ces mêmes questions se sont posées sur ma recherche d’une alternance.

J’ai eu vraiment très peur de ne pas trouver. C’était le jeu de l’œuf et de la poule avec toutes les boîtes de Bordeaux : Je n’ai pas assez d’expérience donc je veux un contrat en entreprise, qui elles me refusent car je n’ai pas assez d’expérience. Je n’en voyais pas le bout et avais l’impression que le problème venait de moi. Pourtant, hors de question de partir de Bordeaux ou de renoncer à un contrat d’apprentissage car financièrement, c’était impossible. J’entendais parler d’aides de l’Etat aux étudiants en difficultés et aussi de financements pour les entreprises, je ne comprenais pas forcément ce que ça voulait dire, on ne me l’avait pas expliqué, mais en tout cas à première vue, ces mesures ne m’aideraient pas moi. « Je ne suis peut-être pas assez pauvre ». Ca m’est venu à l’esprit oui et je trouve ça étrange d’en être arrivée là dans ma réflexion

Depuis tout à l’heure je parle à l’imparfait ça ne vous aura pas échappé. J’ai fini par trouver ! Et puis ça y est, les campagnes ont été lancées pour 2021. Alors c’est reparti, cette fois s’ils me disent que je n’ai pas d’expérience, c’est que ce sera juste un mail automatique. Ah les mails automatiques de refus, je les déteste et pourtant c’est mille fois mieux que le Néant.

Des étudiants témoignent à propos du confinement et du distanciel :

Déjà, comme je suis en alternance, j’ai la chance de conserver un peu de présentiel. En cours par contre, le distanciel m’a fait décrocher. J’ai fait face à une grosse perte de motivation. En plus, tous les cours ne s’adaptaient pas au distanciel comme la gestion de projet par exemple : en totale autonomie, c’est très compliqué. Je me suis surprise à souvent remettre des choses au lendemain alors que ce n’est pas vraiment mon genre. 

Mais en même temps, je pense que c’est une période favorable à l’introspection qui m’a poussé vers une réflexion plus approfondie de ce que j’ai réellement envie de faire. Je me découvre de nouveaux passes temps, j’ai des idées qui mûrissent et je compte bien les réaliser dès qu’on sera sortis de tout ça. 

Margot, étudiante en communication

Quand tu enchaînes de 8h00 à 20h00 quatre jours par semaine ce n’est vraiment pas facile. J’en venais à avoir du mal à lâcher prise. Heureusement, j’ai un chien qui m’a forcée à aller marcher et prendre l’air et aussi, ça pouvait paraître très anodin ça avant.  Je suis en famille ce qui n’est pas négligeable surtout lorsqu’on sait que certains étudiants sont seuls en studio, je n’imagine même pas ce que ça doit être car en ce qui me concerne, même dans ces conditions, ça n’empêche pas de pêter des câbles, de craquer parfois.

Par contre, j’essaye de trouver les petites choses qui ne me manquent pas du tout comme les transports en commun, c’est un point positif car je ne les prends plus ! Déjà que les horaires sont difficiles ça aurait été trop.

Lola, étudiante en communication

Je vis plutôt bien le confinement et le distanciel. Je ne dirais pas que ça a été facile mais j’ai pris le pli : de nouvelles habitudes, de nouvelles activités… Des plaisirs plus simples finalement. Je suis aussi bien entourée, ma famille, mon copain, mes amis.

Le deuxième confinement a été le plus dur, j’ai plus ressenti la solitude et la tristesse mais à l’heure actuelle ça va beaucoup mieux. Et pour cela, je vois une psy et elle m’aide à voir le positif  dans tout ça : il ne faut pas hésiter à aller consulter des professionnels, ça aide beaucoup.

Actuellement, je suis en année de césure, mais j’ai la chance d’avoir un service civique très stimulant. Si j’ai fait cela c’est à cause (ou grâce) au premier confinement. Je terminais un DUT Tech de Co, il y avait le mémoire, les nouvelles méthodes de distanciel… Le temps qu’il m’a fallu pour prendre de nouvelles marques c’est le temps qui m’a manqué pour me plonger dans le recherche sur ma poursuite d’études. 

Emma, étudiante en césure

Pour moi, le confinement et le distanciel m’ont aidé à me recentrer. J’ai l’impression d’avoir vécu un effet inverse par rapport à ce que l’on entend. Même si l’isolement est un peu difficile, j’ai pu revoir mes envies et ça m’a été très bénéfique : ça m’a notamment permis de prendre confiance en moi et d’enfin osé envoyer des candidatures pour des stages, me lancer dans des projets de courts métrages. J’ai laissé s’exprimer mon imagination et mon envie de créer. De plus, en ce qui concerne l’isolement, je dois dire que les technologies aujourd’hui ont permis de le minimiser. Et puis, comme je suis assez réservé et souvent peu à l’aise, les écrans interposés m’ont facilité le contact avec l’autre finalement. 

L’expérience sera toujours plus forte sur le terrain mais les conditions du présentiel sont telles que ça fait pas très envie non plus. D’un autre côté le distanciel favorise le décrochage mais pour autant, crée une forme d’ennui méga créative qui exacerbe les aspirations.

Julien, étudiant en cinéma audiovisuel

Au début je me suis dit « c’est peut-être mieux les études à distance ». Mes résultats s’amélioraient. Ce qui a été plus dur c’est l’annonce du deuxième confinement : encore 2-3 mois sans aller à la fac… Je savais que ce serait compliqué de rester motivée. J’ai eu un petit décrochage en novembre mais le premier semestre touchait à sa fin et j’ai repris confiance. J’ai continué sur cette voie jusqu’au mois de mars lorsque ma motivation s’est effondrée ; on entendait déjà parler de septembre c’est-à-dire que la situation allait durer encore . Les étudiants ceci, les étudiants cela… Le syndrome le l’imposteur s’en est pris à moi : j’avais le sentiment de ne pas mériter d’avoir mon année dans ces conditions. Un cours sur zoom et des devoirs à rendre de temps en temps pour moi ce n’est pas apprendre mais juste recopier bêtement. Il manque désormais cette notion d’apprentissage et de savoir-faire. Certains professeurs sont très compréhensifs vis-à-vis de ça, d’autre non. Certains ne font preuve d’aucune indulgence, comme s’ils n’arrivaient pas à se mettre à notre place.

Clémentine, étudiante en lettres modernes

Après deux ans de prépa à ne faire que travailler (pour le coup le confinement de mars 2020 m’a donné une sorte de coup de pouce pour réviser), en septembre j’ai enfin intégré une école. Je m’attendais à sociabiliser, faire la fête, me détendre ; toutes ces choses auxquelles tu te raccroches quand tu es en prépa – car ça va avec ce genre d’école. Mais il y a eu le second confinement et cette fois je ne l’ai pas vécu de la même façon. Moralement ça a été difficile parce que je n’habite pas à côté de chez mes parents. J’ai des projets qui me sortent des cours et puis je suis sortie prendre l’air malgré tout mais pas autant que j’aurais voulu. Mon idéal d’hygiène de vie n’était pas atteint aussi : des rythmes de sommeil très aléatoires, la lassitude par rapport au ménage, ce genre de choses.

A mon école, j’ai eu un rythme 50/50 pour le présentiel. J’ai décroché selon les matières, toutes ne s’adaptent pas au distanciel. De plus, ma première année se fait en anglais ce qui est déjà un enjeu, qui triple lorsqu’on est face à un ordinateur. Mais même en présentiel ça n’était pas évident car je ne connaissais personne. On a même observé de la démotivation chez les profs…

Clara, étudiante en école de commerce

J’ai connu plusieurs phases dans ma façon d’apprécier le distanciel : Parfois je ne m’arrêtais pas de travailler avant 21h00 et parfois je n’arrivais pas à être motivée. Heureusement donc qu’en septembre j’ai commencé l’alternance car ça m’a permis de conserver un minimum de présentiel. En plus en entreprise, les réunions sont plus interactives que les cours il faut dire ce qui est.

Mais c’est vrai que ça me donne parfois l’impression de ne faire que ça : travailler. Je mange je travaille et je dors. Ça fait naitre une grande fatigue. Donc en sommes, je suis exténuée par cette situation. Je n’ai jamais repris les cours en présentiel depuis novembre même si je me suis parfois arrangée, pour les projets en groupe par exemple.

Il y a beaucoup de hauts et de bas dans ma façon de vivre dans ces conditions. Heureusement, je suis bien entourée mais ça n’empêche pas de ressentir la solitude et la lassitude ! Mais bon, ça m’a fait me lancer dans de nouveau projets, comme ce Blog d’ailleurs !

Moi-même, étudiante en marketing et communication

Je souhaiterais conclure en disant ceci : Chacun vit le confinement et la distanciation sociale différemment. Certes, on retrouve des similitudes comme le fait de perdre la motivation ou de ressentir l’importance d’avoir un entourage solide, mais certains facteurs sont trop aléatoires : le secteur des études, le genre d’école, les profs, le tempérament…

C’est pour moi important de le rappeler car un autre élément du puzzle, ce sont les médias. Ces médias qui apportent des éléments qui suscitent la peur, l’inquiétude, la résilience aussi, et qui ne s’en rendent peut-être même pas compte. Ces médias, qui donnent la paroles aux adultes, souvent les mêmes, pour parler au nom des étudiants et qui n’ont de cesses de faire des généralités.

Enfin, comme cela a été dit par l’un de mes très chers interviewés : personne ne doit hésiter à demander de l’aide ! Oui, cette situation est source de stress, les symptômes amenés par le virus vont bien au-delà du physique. Et pour sûr, cette génération étudiante sera comme le disait Mylène Farmer une génération désenchantée. Elle sera différente, attendons de voir dans quel sens. 

À très bientôt

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